Affiché le 29 janvier 1999
préparé par Anja Korenblik
Section de la réduction de l'offre et de l'application de la loi
Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues
Combattre le commerce illicite des drogues et ses effets demeure un enjeu décisif pour la communauté internationale. En tant qu'institution chef de file de l'ONU pour la lutte contre le problème mondial de la drogue, le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID) s'efforce d'identifier, de comprendre et de maîtriser les forces qui conduisent à recourir à la production, au trafic et à l'abus de drogues illégales.
La culture illicite de pavot et de coca est directement liée à la pauvreté rurale. Sa réduction -en particulier par l'aménagement durable des ressources naturelles- doit, par conséquent, faire partie intégrante des programmes du PNUCID visant à freiner l'offre de drogues. Les Programmes dits de développement alternatif visent à restreindre, voire à éliminer, la pratique de cultures illégales par des efforts de développement qui sont souvent plus viables, plus prometteurs et mieux acceptés que les stratégies uniquement fondées sur la répression.
Depuis vingt-cinq ans, l'action du PNUCID consiste à promouvoir et à appuyer les efforts internationaux de réduction des cultures illégales de pavot à opium en Asie du Sud-Est et du Sud-Ouest. Il y a douze ans, une entreprise similaire a été lancée dans la sous-région des Andes pour les cultures de coca. Au fil des ans, la démarche du PNUCID sur le terrain a considérablement progressé. Les projets de remplacement des cultures du début des années 70 axés sur la substitution directe de cultures illicites par des cultures licites, ont donné lieu à la révision et au perfectionnement des méthodes. Les programmes de développement alternatif ont désormais pour objectif l'élimination ou la prévention de cultures illégales. Pour ce faire, ils recourent à une méthodologie englobant un concept plus vaste de développement rural visant à améliorer, d'une façon générale, la qualité de la vie de la population ciblée en prenant en considération non seulement les revenus, mais aussi l'éducation, la santé, les infrastructures et les services sociaux.
D'après les estimations du PNUCID, la superficie mondiale consacrée aux cultures illicites d'opium était, en 1996, d'environ 280 000 hectares, dont 90 pour cent en Afghanistan et au Myanmar. Les principales cultures de coca se trouvent dans les pays andins (220 000 ha): la Bolivie, la Colombie et le Pérou représentent, à eux seuls, plus de 98 pour cent de l'offre mondiale de cocaïne. Quelque 700 000 familles, soit environ 4 millions de personnes, dépendent des revenus provenant de la culture du coca et du pavot somnifère. La plupart de ces populations vivent en-deçà du seuil de pauvreté et tirent en moyenne 50 pour cent de leurs gains de cette activité. Le commerce de drogues les aide souvent à affronter le problème des pénuries alimentaires et des caprices d'autres marchés agricoles, mais la dépendance économique à l'égard des cultures illicites n'est pas viable à longue échéance. Formant une enclave dans l'économie nationale et exclue des activités prédominantes de développement, la culture de coca et de pavot met les cultivateurs à la merci d'intermédiaires véreux et impitoyables. Ils risquent aussi en permanence l'éradication forcée de leurs cultures par le Gouvernement. Dans certains pays, comme la Colombie, nombre d'entre eux sont devenus de simples employés dans de grandes exploitations commerciales appartenant à des trafiquants de narcotiques. La plupart de ces 700 000 familles passeraient volontiers à d'autres sources de revenus, si on leur offrait des solutions de remplacement satisfaisantes.
Ce qui rapproche les communautés pratiquant des cultures illicites dans toutes les régions est le fait qu'elles vivent dans des zones reculées, souvent arriérées, et dans des économies de subsistance où les cultures d'opium/coca servent à satisfaire les besoins d'espèces et de crédit. Afin d'atteindre ces groupes éloignés par des interventions de projet, et d'inciter les cultivateurs à changer de système de production agricole ainsi que de stratégies de planification et de survie, toute action devra être adaptée aux besoins spécifiques des populations locales ayant leurs propres caractéristiques. Pour être viables, ces interventions doivent passer par une démarche participative appliquée systématiquement.
Les conditions idéales pour un développement alternatif sont notamment:
Toutefois, ces conditions sont rarement remplies et les initiatives de développement alternatif - qu'elles soient très ciblées ou plus générales- doivent inclure des mesures propres à créer ces préalables.
Au cours des dix dernières années, une méthodologie de conception, planification et exécution de projets d'investissement dans les programmes de développement alternatif a été élaborée sur la base de trois points fondamentaux:
Les programmes de développement alternatif peuvent être ciblés uniquement sur des zones de cultures ou avoir une assise plus large, en s'efforçant d'améliorer la croissance de la production et des emplois à l'échelle nationale, voire régionale. L'expérience la plus constructive s'est avérée une combinaison des deux; en effet, une assistance généralisée en matière de développement aux régions non productrices atténue le risque de déplacer les cultures aux zones voisines dotées de caractéristiques sociales, économiques et agricoles similaires. Le PNUCID a montré que des programmes de développement alternatif très ciblés peuvent avoir une heureuse issue dans la zone d'intervention immédiate. Par exemple, dans les zones du projet au Pérou, la culture du coca a été réduite de 95 pour cent, tandis que dans le district Dir au Pakistan, la culture du pavot pourrait bientôt disparaître. En Thaïlande, les mesures de développement alternatif se sont traduites par la quasi-élimination des cultures de pavot à opium. Toutefois, d'aucuns ont objecté que les excellents résultats obtenus dans des pays comme le Pakistan et la Thaïlande ont été grandement facilités par le transfert des cultures dans les pays voisins de l'Afghanistan et du Myanmar ("effet ballon"). En conséquence, le développement alternatif aujourd'hui, s'il continue à se concentrer sur les principales zones de culture illégale, reconnaît l'importance d'une perspective plus large, traitant plusieurs zones productrices tout en surveillant les zones où de nouvelles cultures seraient susceptibles de démarrer.
Les investissements mondiaux dans les initiatives de développement alternatif au cours des dix dernières années se sont élevés à 718 millions de dollars E.-U., dont 36 pour cent proviennent du PNUCID et 64 pour cent d'autres sources, essentiellement bilatérales. Avec un investissement annuel d'environ 70 millions de dollars E.-U- à l'échelle mondiale, les investissements totaux pour le contrôle et l'élimination de la production des cultures illicites ont été relativement limités. D'autre part, les zones couvertes par les programmes de développement alternatif ne représentent qu'une petite partie de la superficie totale consacrée aux cultures illégales. Par exemple, au Pérou, le pays ayant les plus vastes cultures de coca, environ 10 pour cent seulement des terres cultivées sont couvertes par des projets de développement alternatif soutenus par le PNUCID.
Compte tenu de ce qui précède, le PNUCID vient confirmer son rôle de pionnier, en sélectionnant des programmes d'investissement dans certaines des zones les plus reculées et difficiles de la planète, que les autres investisseurs multilatéraux, bilatéraux et privés tendent souvent à esquiver. L'ouverture de ces zones avec des investissements initiaux, si limités fussent-ils, et les tentatives de les intégrer dans le développement économique national a été une des grandes réalisations de développement alternatif. Toutefois, la viabilité des programmes dépend essentiellement de l'exploitation ou non par les agriculteurs des possibilités économiques qui leur sont offertes. Le développement alternatif doit reposer sur deux piliers: des plans nationaux de lutte contre la drogue et des plans de développement agricole. La viabilité à long terme de la réduction et de l'élimination des cultures illicites est indissociable du développement agricole. Les progrès réalisés en la matière ne dépendront pas seulement de la détermination politique de lutter contre la drogue, mais aussi des efforts du Gouvernement d'offrir et/ou d'alimenter des solutions de remplacement véritables et des occasions supplémentaires de revenus non agricoles.
Actuellement, le PNUCID est en train de s'orienter vers une perspective mondiale de développement alternatif. D'après les témoignages disponibles, on peut conclure que le développement alternatif a toutes les chances de réussir: la méthodologie a été mise au point, des expériences et des connaissances ont été accumulées et des victoires ont été obtenues dans les zones de projet. Les projets futurs de développement alternatif devront comporter davantage de partenariats actifs avec les Gouvernements, en s'éloignant du modèle de bienfaiteur/bénéficiaire qui constituait la base de nombreux programmes par le passé. Le rôle du PNUCID devra impliquer davantage de conseils au Gouvernement, mobiliser un appui politique et faciliter les financements bilatéraux et multilatéraux. Lors de la Session extraordinaire de l'Assemblée Générale en 1998, un premier pas a été fait lorsque les gouvernements ont réaffirmé leur vif soutien aux travaux du PNUCID en matière de développement alternatif.
Le Réseau du CAC sur le Développement rural et la sécurité alimentaire peut soutenir ces initiatives, en tant que mécanisme d'action au niveau des pays. Avec une vaste représentation -des gouvernements à la société civile, au secteur privé, aux donateurs et aux organismes des Nations Unies- on pourrait obtenir un bon dosage d'engagement politique et civil et de ressources financières pour mettre en oeuvre des projets de développement alternatif qui se traduiraient par une réduction de l'offre.
Pour tout complément d'information sur le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues et ses activités et publications, veuillez consulter le site ou contacter Anja Korenblik, agent de coordination du Réseau du CAC au PNUCID, à l'adresse suivante: anja.korenblik@undcp.org.