Entretien avec Antonio Onorati - Décembre 2002

Antonio Onorati : " La FAO et la société civile doivent agir de façon créative afin que les gouvernements prennent en considération notre travail lors des prises de décisions politiques concernant l'insécurité alimentaire. "

Antonio Onorati, président de la ONG italienne CROCEVIA a coordonné les efforts du Comité International de Planification (CIP) des ONG et Organisations de la Societe Civile (OSC) pour préparer le Forum International pour la Souveraineté Alimentaire qui a eu lieu en juin 2002 lors du Sommet Mondial de l'Alimentation:cinq ans après. Il a expliqué au Réseau l'état actuel des relations entre la société civile, les mouvements sociaux et la FAO. M. Onorati souligne que certaines des idées qui apparaissent dans cet entretien reflètent son opinion personnelle basée sur des années d'expérience au sein du secteur de la coopération et de la solidarité internationale.

Le 1er novembre dernier, le CIP a rencontré le Directeur Général de la FAO, Jacques Diouf, pour tenter de définir les relations futures qui pourraient s'établir entre cette agence et les ONG, les OSC et les mouvements sociaux. En expliquant les résultats de cette rencontre au Réseau, A.Onorati a parlé de la diversité des organisations propre de la société civile et des relations qui ont été établies avec les différentes agences des Nations Unies. Il a expliqué la position du CIP concernant le sommet de juin et le thème de la souveraineté alimentaire. Il a également demandé aux Groupes Thématiques du Réseau de s'ouvrir comme plateformes de débat national. En demandant aux gouvernements de faire participer, d'évaluer le travail et de respecter l'autonomie de la société civile lorsqu'elle affronte le problème de l'insécurité alimentaire.


Pourriez-vous définir en quelques mots la façon dont la société civile considère de nos jours le système des Nations Unies ?

Je pense que l'investissement politique des gouvernements au sein des Nations Unies est en train de diminuer. Les gouvernements ont contribué à priver les agences des Nations Unies de leur fonction initiale qui était de servir de gouvernement international se situant au-dessus des intérêts partiaux. Je pense qu'il y a deux problèmes. Le premier est une tendance générale, au Nord comme au Sud, à déléguer de moins en moins de pouvoir aux Nations Unies: désormais les mouvements non alignés qui étaient autrefois si importants au sein des Nations Unies n'existent plus. Le mouvement des G77 lui-même réunit de nos jours des pays très différents, alors qu'autrefois, c'était un groupe plus homogène.

Le second problème est créé par le fort pouvoir accordé au modèle occidental, imposé par certains gouvernements occidentaux au sein des Nations Unies. Il existe une tendance générale à placer tout le système sous la direction des institutions de Bretton Woods et de l'Organisation Mondiale du Commerce, meme si formalmentrien indique que ces institutions doivent jouer un rôle dominant dans tout le système.

Pensez-vous au moins que la FAO a reconnu l'importance du rôle que la société civile pouvait avoir pour faire face aux problèmes de l'insécurité alimentaire.

Oui, dans ce sens, la FAO a bien progressé. Puisque notre autonomie nost est indispensable, nous avons franchi un grand pas en établissant un espace de débat important avec la FAO, dans le respect mutuelle. À l'heure actuelle, la société civile a différentes stratégies à l'égard des Nations Unies (et vice-versa, les Nations Unies ont divers façons de considérer la société civile). La nouveauté absolue de la part des agences qui travaillent sur la faim, l'agriculture, etc. est qu'elles sont conscientes de la valeur des OSC, en particulier, son conscient de la manière dont les mouvements sociaux (pêcheurs, petits agriculteurs, peuples indigénes, travailleurs de l'agroindustrie, etc.) - les vrais défenseurs des intérêts liés à la sécurité alimentaire et au droit à la nourriture peuvent être reconnus comme protagoniste au niveau local et mondial des stratégies de securité alimentaire. Les mouvements sociaux doivent toujours demeurer autonomes pour ne pas perdre leur raison d'exister et leur autonomie respectée.

Je pense que la FAO-Secrétariat a reconnu certains éléments qui sont fondamentales pour nous. En premier lieu, le principe d'auto-organisation. En d'autres termes, nous représentons les membres du CIP et sourtout une méthode de travail entre différentes organisations; nous n'avons aucune envie de représenter l'ensemble de la société civile (cela serait impossible), et la FAO ne nous dit pas qui nous devons inclure dans notre groupe. Le modèle d'organisation que nous avons choisi nous appartient et la FAO le reconnaît comme tel, en acceptant nos modalités de functionement comme nous acceptons que nous ne soyons pas son unique interlocuteur. Nous ne sommes ni pour ni contre la FAO. Nous travaillons sur les mêmes problèmes et ce que nous avons à dire, nous l'avons exprimé dans les documents politiques présenté lors des Forum à Rome (novembre 1996 et juin 2002) lors du Sommet mondial de l'Alimentation.

En second lieu, notre systéme de functionement est essentielement basée sur le travail qui se fait au niveau local/régional et nous avons demandé à la FAO d'établir les mécanismes nécessaires pour dialoguer avec nous à ce niveau.

En troisième lieu, le CIP et le processus qui le soutient sont dynamiques ; nous n'avons pas de structure de pouvoir et nous n'avons pas non plus établi un "comité de liaison permenent" avec la FAO. Chaque organisation membre du CIP mantienet ou établi aussi ses rapports directes avec la FAO. Ce qui fait la difference est que, sur les thémes que sont jugé relevant, nous nous accordons pour parler d'une seul voix, avec la force que nous viens des Forum que nous avons organisès.

Comment les ONG et la société civile affrontent-elles l'insécurité alimentaire ?

Nous avons une approche intégrée : l'insécurité alimentaire n'est pas un problème manque de moyens mais manque de droits. Notre approche trouve une comprension dans la FAO secrétariat, il y a une appreciation des dynamique de la société civile et aussi parce que cela implique des idées novatrices. Par ailleurs, il a comprension du cadre que nous proposons pour travailler avec la FAO sur le problème de la sécurité alimentaire - celui de la souveraineté alimentaire. Entre autre cela couvre aussi le thème de l'accès aux ressources (nous rejetons les mécanismes qui favorisent les monopoles et la privatisation): l'accès aux ressources doit être garanti en termes juridiques, et il en découle que notre bataille consistera à rendre obligatoire un code de conduite pour le droit à l'alimentation, et à assurer qu'une action institutionnelle puisse suivre contre les violations.

Nous souhaitons que l'agriculture et le commerce agricole puissent se soustraire aux règles de l'Organisation Mondiale du Commerce. Nous comprenons que la FAO ne puisse pas beaucoup agir dans ce sens, mais nous demandons qu'à l'occasion de ses évaluations et de ses études sur ce sujet, elle prenne en considération la voix de la société civile et qu'elle établisse des modalités de travail conjointement avec les mouvements sociaux.

Les Groupes Thématiques du Réseau peuvent-ils offrir des opportunités dans ce sens ?

Oui, mais avec difficulté. Il est vrai qu'au niveau central nous pouvons promouvoir assez facilement ces opportunités. Les vrais problèmes apparaissent lorsque nous travaillons dans les pays, car de nombreux gouvernements considèrent que les ONG et les mouvements sociaux leur sont opposés. Il est clair que le rôle de la FAO, comme celui du Reseau, est ici très limité, surtout parce que les gouvernements les plus réticents à l'égard de la société civile sont aussi ceux qui prennent le moins en considération le travail de la FAO. Et c'est là que, pour progresser, la FAO et la société civile doivent interagir de façon déterminée et créative.

Avez-vous une stratégie pour cela ?

Nous allons refoncer le travail au niveau régional. Nous utiliserons aussi les occasions institucionelles come ler Conferences Regionales de la FAO. J'immagine que nos rapports avec les structures locales de la FAO vont se develloper d'avantage. Dans certains endroits cela sera délicat. Par exemple, pour le thème de la réforme agraire. Nous rejetons un modèle de réforme agraire "orienté vers les marchés", tel qu'il est promu par la Banque Mondiale. La FAO peut rétorquer que parler de réforme agraire avec certains gouvernements est déjà un problème difficile, qui devient encore plus ardu lorsqu'il faut formuler la réforme du point de vue purement technique comme il est demandè à la FAO. Nous avons donc demandé à la FAO si elle accepterait de considérer des mouvements sociaux, tel que les "Sem Terra", comme des partenaires de travail. Nous avons donc preposè à la FAO de :"créer un espace commun de travail" qui comprendrait la FAO, les ONG et les mouvements sociaux et qui impliquerait un dialogue direct de sorte que la FAO ldans son travail technique, puisse connaître les positions de la société civile ". Votre Réseau peut être très utile dans ce sens, en fournissant les structures nécessaires, s'il accepte les principes que nous soutenons.

Quelles conclusions peut-on tirer de la rencontre avec le Directeur Général de la FAO le 1er novembre dernier ?

Nous pouvons dire que cette rencontre a été très positive, étant donné qu'elle prouve que la FAO est ouverte à un débat direct avec la société civile sur le quattre thems de base exprimés dans notre document politique présenté à l'issue du Forum des ONG/OSC en juin 2002, ici à Rome. Nous sommes eté rassurè sur le fait que les changements constitutionnels qui toucheraient la FAO seront discutés non seulement avec les gouvernements mais aussi avec la société civile. Nous avons appreciè particulièrement la présentation d'un document qui fait le point des activitès de la FAO avec les ONG at les OSC bien plus complète qu'une simple énumération des projets que la FAO entreprend avec les ONG. Pour toutes les ONG, des plus petites aux plus grandes, ces documents clarifie ce qui peut être demandé à la FAO. C'est un exemple de transparence politique.

Comment le CIP pense-t-il inclure le secteur privé dans les partenariats pour le développement ?

Nous n' accepterons pas que nous soient imposés des accords prénégociés avec le secteur privé. Nous pouvons décider de participer à un débat avec eux sur certains thèmes mais sans necessairement arriver à une position commune. Nous représentons des intérêts différents et souvant opposés. Nous rejetons la logique de Johannesburg. Sans eux, nous avons organisé un Forum pendant le Sommet Mondial de l'Alimentation une manifestation pacifique, pour la sovranitè alimenytaire ey contre la repressions des organisations sociales, de 30 000 personnes dans les rues de Rome. Nous n'avons fait entandre nos voix sans cassé une seule vitre, mais aussi sans renoncer a nos positions politiques ou nos principes.

Lors de la presentation de la position du Forum de Rome 2002 devant les Chefs d'Etat, nous avons esprimè nous jugements negatives sur le Sommet 2002. Nous invitons les entreprises à s'organiser de la même manière, à établir leurs propres CIP, à rendre publics leurs documents de lobbying sur une page Web, à s'organiser de manière transparente. En attendant, nous continuerons à nous organiser à notre manière, sans besoin d'etre ccoptè mais defanmdent notre capacitè d'avancer des propositions qui "vont dans une autre direction", direction qui peut atre acceptè par certains gouvernements. Nous reconnaissons la diversité des responsabilités qui existent entre le Secrétariat de la FAO et les instances qui gouvernent la FAO ou siegent les gouvernement. La FAO nous propose une façon créative de travailler avec la société civile au sein des Nations Unies, bien plus réelle que celle d'autres agences qui se prétendent amies de la société civile mais que esseyent tout le temps des les coopotèes. Bien que les Nations Unies prétendent être ouvertes aux ONG et aux OSC, elles incluent fréquemment n'importe quelle organisation se présentant sous ces initiales, tout en les forçant à s'exprimer de façon unanime. L'ouverture aux organisations de la societè civile doit être qualifiée et - juste pour donner un exemple - les organisations à but lucratif ne peuvent être classées dans la même catégorie que les organisations à but non lucratif. Et les ONG ne sont pas tout de meme á confondre avec les mouvements sociaux.