Entretien avec Ndiogou Fall - Février 2003         

Ndiogou Fall, Président de la FONGS, Fédération des ONG du Sénégal.
"Les gouvernements doivent apprendre à modifier leur approche en matière de définition de politiques afin d'associer l’ensemble des acteurs" - Ndiogou Fall.

Dans cet entretien, Ndiogou Fall, Président de la FONGS, Fédération des ONG du Sénégal, explique les complémentarités et les rôles respectifs des différents partenaires au développement dans l'appui aux organisations paysannes.


Quel rôle doivent jouer les différentes organisations de développement, les gouvernements, les ONG, les agences des Nations Unies... dans le domaine du développement rural?

Les institutions internationales doivent aider les pays à définir leurs politiques agricoles et de développement rural mais elles ne doivent pas se substituer à eux. Ces derniers doivent donc avoir la capacité de bien comprendre les problèmes de leur agriculture et analyser leur environnement international. Les gouvernements ont la responsabilité et la légitimité pour définir les politiques agricoles mais par le passé, ils n'ont pas fait appel aux acteurs de terrain qui devaient par la suite assurer l'application de ces politiques. De ce fait, n'ont pas été prises en compte les préoccupations de la population et par conséquent, ces politiques ont en grande partie échoué. Les gouvernements doivent donc apprendre à modifier leur approche en matière de définition de politiques afin d'associer l'ensemble des acteurs. Le rôle des organisations professionnelles est d'aider les paysans à bien cerner les situations de terrain, à bien mesurer les tendances qui se dessinent et à participer à la définition des politiques. De cette manière, on parvient à des politiques consensuelles et appropriées par chacun des acteurs. Les échecs et les réussites sont alors partagés.

Quelles sont les origines de la FONGS et qu'est-ce qui les a incités à tenir un rôle actif en travaillant avec de petits fermiers et en plaidant leur cause?

L'origine de la FONGS remonte aux années 70, lorsque des associations autonomes basées dans les villages ont commencé à émerger aux côtés des coopératives favorisées par l'Etat, stimulées par la sécheresse et la crise alimentaire. Initialement organisés autour de la production collective de nourriture, les groupes ont progressivement développé leurs activités au-delà des villages et ont commencé à se fédérer au niveau des districts et au niveau régional. En 1976, neuf associations régionales ont créé une fédération nationale. Vers 1990, la FONGS s'étaient étendue à 24 associations régionales dans tout le pays totalisant 2 031 groupes villageois.

La mise en place des politiques d'ajustement structurel a amené la FONGS à chercher une voix pour défendre les petits fermiers dans les négociations en cours. Avec l'appui technique de la FAO, une enquête légère sur l'impact des politiques nationales agricoles sur les petits fermiers a été effectuée en 1992, menant à un forum national en 1993 sur le sujet "Quel futur pour les fermiers du Sénégal?". Ce forum a donné à naissance à une tribune nationale des fermiers, le Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR), qui est devenu le porte-parole incontesté des populations rurales du Sénégal dans les négociations nationales, régionales et internationales. Depuis l'établissement du CNCR, la FONGS a moins concentré son attention sur les négociations politiques et davantage sur l'appui concret aux associations villageoises et aux familles de fermiers.

Quelles sont les relations entre la FONGS et la FAO?

Les relations entre la FONGS et la FAO se situent dans le domaine du renforcement des capacités des organisations paysannes. Pendant longtemps, on a dépensé beaucoup de moyens pour former des fonctionnaires à comprendre les politiques agricoles et rien n'a été fait au niveau des organisations paysannes. Maintenant, on fait appel aux organisations paysannes pour participer à la définition des politiques mais souvent elles n'ont pas les compétences requises et cela pose beaucoup de problèmes. Les gouvernements souhaitent avoir des interlocuteurs qui savent ce qu'il disent et qui puissent organiser la reflexion entre leurs membres. Les organisations paysannes sont par nature des organisations populaires qui obtiennent leur légitimité de la proximité et des liens qu'ils ont avec leurs membres. Il faut prendre conscience que la manière de travailler des paysans est fondamentalement différente de la manière de travailler des gouvernements. Si on veut travailler ensemble, il faut que l'on respecte les manières de faire de chacun. De notre point de vue, la FAO doit donc aider les organisations paysannes à mieux s'organiser et à se former pour travailler avec les gouvernements sur ces questions.

Que pensez-vous du Programme Spécial Sécurité Alimentaire de la FAO?

La FONGS a participé dès le début au Programme Spécial pour la Sécurité Alimentaire (PSSA) de la FAO au Sénégal, en Casamance et dans la vallée du Fleuve Sénégal. Depuis 1994, deux des fédérations de la FONGS ont été les premières associées sur le terrain du PSSA, et la FONGS sont restés très étroitement impliqués dans le PSSA tandis qu'il augmentait au cours des années. La FONGS ont développé une méthodologie participative pour analyser et soutenir les stratégies des familles de fermiers dans Maintenant, le PSSA doit être effectivement intégré dans une politique nationale. De ce point de vue, pour nous, organisation professionnelle agricole du Sénégal, il est important de bien capitaliser les bonnes pratiques expérimentées dans ce programme et de les intégrer dans les politiques nationales : dans le domaine des technologies appropriées, de l'organisation pour la commercialisation, du dialogue avec les autorités et les techniciens,...

Quel est votre avis sur le Sommet mondial de l'alimentation : cinq ans apres et les futurs travaux de la FAO avec des ONG/organisations de la société civile?

Un des quatre objectifs prioritaires émergeant du Forum des ONG/organisations de la société civile (OSC) qui s'est tenu parallèlement au Sommet mondial de l'alimentation : cinq ans après a été de soutenir les moyens de subsistance des familles rurales et de promouvoir les productions agricoles et les approches du développement qui peuvent les aider à combattre l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Lors de la réunion qui a eu lieu le 1er novembre 2002 entre le Directeur-Général de la FAO et le Comité international de planification des ONG/CSO pour le Sommet mondial de l'alimentation : cinq ans après, un accord a été conclu pour travailler ensemble sur ce thème. Le défi que les ONG/OSC posent à la FAO est de travailler sur la base de diverses spécialisations techniques pour développer des réponses interdisciplinaires aux demandes plus générales des familles de fermiers.

Quelles ont vos relations avec d'autres organisations paysannes dans d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest?

Nous sommes membres du ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l'Afrique de l'Ouest) qui regroupe 10 pays de l'Afrique de l'Ouest. Nous avons beaucoup d'échanges avec les pays dans lesquels nous suivons l'évolution des Programmes Spéciaux Sécurité Alimentaire. Le Sénégal est le pays où la participation des organisations paysannes est la plus avancée. Dans d'autres pays comme la Guinée, la participation des producteurs existe mais est plus limitée.

Quelles sont vos axes majeurs de travail pour 2003?

Nous allons continuer à renforcer les organisations paysannes et à encourager leur participation à la définition des politiques agricoles nationales. Nous souhaitons améliorer la communication entre différents membres de notre réseau, notamment dans le cadre d'échanges sud-sud, en Afrique de l'Ouest mais aussi au delà, avec d'autres réseaux comme par exemple Via Campesina, le Pesticide Action Network,... Dans cette optique, nous allons organiser des ateliers de formation. Nous travaillons avec l'UMEOA (Union Monétaire des Etats de l'Afrique de l'Ouest) sur ses programmes régionaux en matière d'information, de formation et sur la définition de filières stratégiques. Nous suivons aussi les travaux de la CEDEAO (Communauté Économique des États d'Afrique de l'Ouest) et du NEPAD (New Partnership for Africa's Development) sur la sécurité alimentaire.