Entretien avec M. Wim Polman, Spécialiste du développement rural auprès du Bureau Régional de la FAO pour l'Asie et le Pacifique.
juin 2003
Dans cet entretien, M. Wim Polman nous donne un aperçu de la situation des coopératives agricoles dans la région de l'Asie et du Pacifique et des informations sur les prochains événements qui seront organisés pour la promotion du développement des petites entreprises rurales dans cette région.
Quelle est la situation actuelle des producteurs ruraux à petite échelle asiatiques et quelles sont les pratiques actuellement en développement en termes de renforcement des capacités ?
Après qu'une longue période de déclin de l'investissement global dans l'agriculture et le secteur rural et la chute globale des prix des produits agricoles primaires sur le marché mondial, les petits fermiers et les ménages ont été affectés dans la plupart des pays asiatiques par une forte insécurité alimentaire et pauvreté. Ceci est principalement dû au manque d'opportunités pour améliorer leurs modes de vies. Dans le même temps, les pays exportateurs de produits agricoles de l'Europe et d'autres pays comme les Etats-Unis et le Japon ont augmenté leurs subventions à leurs secteurs agricoles qui atteignent plus de 300 milliards de dollars par an.
Heureusement, les décideurs asiatiques chargés de la production agricole de petite échelle en agriculture et dans le secteur rural prennent conscience de la nécessité de promouvoir plus activement au niveau régional les petits agriculteurs, entrepreneurs ruraux de petite échelle. En particulier, les pays les plus peuplés tels que l'Inde et la Chine ont restructuré le secteur des coopératives de petits agriculteurs. En Inde, une nouvelle législation fédérale libérant les coopératives d'un contrôle politique a été adoptée et mise en application au niveau des États.
En Chine, le Ministère de l'Agriculture a remis en état plus de 150 000 "organisations économiques professionnelles " en coopératives de transformation et de commercialisation viables. Les pays asiatiques ont exprimé auprès de la FAO un besoin d'assistance technique pour transformer les coopératives de petits agriculteurs en entreprises rurales durables de petite et moyenne échelle (PME).
Lors des missions de terrain, j'ai appris à plusieurs reprises que la plupart des activités développées par les groupes informels dans les villages sont transformées à la fin en coopératives par les ONG ou par les agences de développement. Les coopératives agricoles offrent aux pauvres du monde rural la forme institutionnelle la plus appropriée pour le développement d'entreprise en milieu rural combinant les forces sociales des ruraux pauvres, tout en maintenant un principe d'équité dans le développement de l'entreprise. Les organismes gouvernementaux, les ONG et les associations de Hilltribe ont accueilli favorablement l'assistance technique pour le développement d'entreprises villageoises de Hilltribe dans le nord de la Thaïlande. Les activités pilotes dans les villages sélectionnés ont démontré l'adaptabilité des coopératives d'épargne et de crédit pour devenir des entreprises villageoises basées sur l'artisanat et les activités de transformation des produits alimentaires.
Quel est l'impact des accords de l'Organisation Mondiale sur le Commerce (OMC) sur les coopératives agricoles?
La création de l'OMC et des organisations régionales sur le commerce a défini les domaines et des règles du jeu pour le commerce des produits agricoles et produits dérivés qui ne sont pas faciles à suivre par les pays en voie de développement.
L'agriculture et le développement rural dans les pays asiatiques, dans lesquels une grande majorité de la population vit dans les zones rurales et dépend pour sa subsistance du développement du secteur agricole, sont loin d'être rentables et durables pour la plupart des pauvres du monde rural. L'insécurité alimentaire, la pauvreté et l'inégalité sont les caractéristiques dominantes.
Dans ce sens, les règles de l'OMC aggravent les conditions de vie défavorables des ruraux pauvres qui sont pour la plupart du temps des petits et moyens producteurs, ayant peu de capacités d'organisation et de gestion orientée vers le marché. En termes financiers, les règles de l'OMC renforcent les politiques agricoles défavorables en réduisant les subventions et causant une diminution des bénéfices et par conséquent une augmentation des prix des produits, affectant les pauvres du monde urbain et rural. En même temps, des importations subventionnées de céréales et autres produits agricoles rendent la production trop chère et non rentable. Il n'est pas surprenant que la pauvreté rurale et l'insécurité alimentaire ne régressent pas dans cette région.
Quelles sont les mesures qui devraient être mises en application afin d'assurer un environnement favorable ?
Dans le contexte de l'OMC, il peut y avoir des options de politique locale favorables aux petits agriculteurs et autres producteurs ruraux. L'investissement public dans l'agriculture et le développement rural dans un cadre politique favorable est d'importance cruciale pour:
- Le développement des coopératives agricoles locales et la diversification de leurs productions et services,
- La formation pour améliorer les capacités de gestion,
- L'amélioration de l'accès aux produits et à l'information sur les marchés,
- La mise en oeuvre des technologies adaptées aux producteurs à petite échelle et l'accès au crédit qui augmentera la rentabilité de leurs produits sur le marché national et même extérieur.
Toutefois, la priorité est de rétablir un système d'appui à une agriculture extensive basée sur une approche globale des entreprises rurales et non seulement sur la lutte contre les ravageurs ou l'augmentation de la production.
Ceci nous amène à la conclusion que oui, l'impact de l'OMC est sérieux mais les problèmes les plus importants concernent les politiques nationales et les programmes nationaux d'appui aux petites et moyennes entreprises rurales et l'aide au développement correspondante. Par conséquent, les activités régionales de développement rural dans ce domaine doivent donner la priorité au réseau régional d'appui des PME rurales à travers le développement des coopératives agricoles.
La stabilité de 90% des PME rurales dépend de politiques adéquates de développement des coopératives, de la législation et des programmes d'appui aux PME rurales dans les pays. Le développement des PME rurales dans le cadre d'un commerce équitable, commence par des politiques nationales offrant également des opportunités et des incitations aux producteurs ruraux de petite taille sur les marchés locaux, nationaux et extérieurs.
Comment les coopératives agricoles, particulièrement celles d'Asie et du Pacifique, peuvent-elles faire face aux changements continus que la mondialisation et la libéralisation du commerce entraînent sur la scène économique?
Dans cette région, ont été organisés des conférences et des séminaires de haut niveau sur le dialogue politique et le renforcement des capacités institutionnelles ainsi que des visites de terrain et sur le développement des entreprises coopératives agricoles. Ces activités de développement rural sont planifiées et mises en application en collaboration avec les agences partenaires de 11 pays asiatiques, membres du Réseau régional pour le développement des coopératives agricoles (NEDAC).
Un plan d'action commun entre le NEDAC et l'Alliance Coopérative Internationale sur la promotion de la sécurité alimentaire à travers le développement des coopératives agricoles a été adopté en 1999 à Beijing par les Ministères chargés des Coopératives et les membres du Comité Agricole de l'Alliance Coopérative Internationale.
En outre, au Népal, une mission de formulation d'un projet de coopérative agricole a été organisée entre la FAO et l'Alliance Coopérative Internationale et 7 séminaires de formation et de stratégie politique au niveau des pays ont été tenus dans les pays membres du NEDAC. Trois réunions régionales ont été organisées sur l'OMC, la mondialisation et les privatisations ainsi que pour la formulation d'un projet régional sur le renforcement des capacités pour la promotion des entreprises rurales.
La réaction partout est très positive. Il y a actuellement des centaines de coopératives agricoles d'exportation prospères qui commercent au sein de la région. Le meilleur exemple est la production des engrais par les coopératives agricoles en Inde et au Népal. Les décideurs politiques des coopératives asiatiques découvrent maintenant, par leur participation aux activités de la FAO-NEDAC, leurs intérêts communs sur les affaires agricoles. Au niveau des coopératives agricoles, il y a un potentiel en termes de développement des ressources humaines et de mobilisation pour la promotion du développement d'entreprises agricoles rurales rentables.
Quels sont les attentes vis-à-vis du lancement du premier Forum asiatique sur les PME rurales et le commerce équitable?
L'idée principale derrière cette initiative au niveau de la région asiatique, organisée par le Centre de Développement de l'Asie et du Pacifique en collaboration avec l'unité de développement rural du Bureau Régional de la FAO pour l'Asie et le Pacifique et d'autres réseaux régionaux asiatiques sur l'épargne et le crédit, des banques de coopératives agricoles et ONG spécialisées, est de développer les réseaux régionaux existants pour favoriser les politiques et programmes de développement agricol et rural orientés vers les pauvres en milieu rural et vers le marché appuyant les PME rurales et le commerce équitable.
L'objectif primordial est de renforcer le Réseau régional pour le développement des coopératives agricoles (NEDAC) comme une plate-forme pour le renforcement des politiques et pour le commerce des coopératives au niveau régional. Deuxièmement, à moyen terme, un autre but est de développer les activités du NEDAC comme plate-forme de Coopération Economique pour l'Asie et le Pacifique sur la promotion des PME rurales.
Un premier Forum asiatique est prévu en Thaïlande à Chiang Mai en août 2003 en parallèle à la réunion officielle du groupe de travail pour la Coopération Economique Asie - Pacifique et les PME rurales. Les membres de Forum asiatique vont également discuter des prochaines étapes pour la participation des représentants asiatiques des organisations des petits producteurs ruraux au troisième Forum Social en Inde en 2004.
Qui va participer à la réunion?
Nous comptons inviter au Forum asiatique à Chiang Mai les représentants des organisations membres du NEDAC qui vont présenter comment ils soutiennent le développement de l'agriculture au niveau des villages, les femmes, les petites et moyennes entreprises de Hilltribe ayant des potentialités à l'exportation. Parmi ces représentants, il y a des femmes responsables de coopératives agricoles, des directeurs des banques coopératives d'investissement, des décideurs, des experts en technologie de l'information et des planificateurs de développement des coopératives agricoles locales.
Vont aussi participer au Forum asiatique des experts en matière d'épargne et de crédit mutuel et des banquiers de coopératives ayant une expérience de la promotion commerciale " Business to Business " parmi les coopératives.
Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.