"Le Réseau du Système des Nations Unies sur le Développement Rural et la Sécurité Alimentaire ainsi que l'Alliance Internationale contre la Faim
sont des instruments très importants contribuant à l'efficacité du partenariat sur le terrain"
À l'occasion de cet entretien M. Maximiliano Cox, Directeur de la Division du Développement Rural à la FAO, s'exprime sur les futures collaborations entre la FAO et l'OIT dans le cadre des questions soulevées par le rapport préparé par la Commission Mondiale sur les Dimensions Sociales de la Mondialisation --et,intitulé "Une mondialisation équitable: créer des opportunités pour tous".
Selon l'OIT et la FAO, quelles sont les zones prioritaires pour la promotion du développement rural?
L'agriculture et le développement rural font partie des domaines principaux où la FAO pourrait créer des liens avec le travail mené par l'OIT. Le travail qui a été effectué dans ces secteurs peut renforcer les capacités des populations rurales et leur permettre d'améliorer elles-même leurs moyens d'existence. Un autre domaine important de travail est lié aux questions de sécurité alimentaire et de pauvreté, prises en considération dans le premier Objectif de Développement pour le Millénaire visant à "éliminer l'extrême pauvreté et la faim".
Il faut garder à l'esprit le fait que 70 pour cent des pauvres dans le monde vivent dans des zones rurales et qu'ils dépendent directement, dans de nombreux cas de la production agricole. Il est donc très important que la FAO et l'OIT donnent la priorité au secteur rural lorsqu'elles considèrent ensemble leurs actions dans le domaine du développement.
Comment la FAO et l'OIT peuvent-elles collaborer dans le contexte de la mondialisation sociale?
Une façon concrète d'établir un partenariat entre la FAO et l'OIT est de faire signer par les directeurs respectifs de ces deux organisations un nouveau Protocole d'Accord qui identifiera les zones précises de collaboration entre les deux agences en leur montrant comment progresser. Le rapport de la Commision Mondiale sur les Dimensions Sociales de la Mondialisation intitulé
"Une mondialisation Equitable: créer des opportunités pour tous" sert donc de cadre de référence pour une collaboration efficace et mentionne les zones prioritaires d'action. Ce rapport, préparé par une commission de haut niveau, nommée la Commission Mondiale, mise en place par le Directeur Général de l'OIT avec la participation des dirigeants politiques, universitaires et de la société civile provenant de plusieurs régions du monde, fournit une vue d'ensemble équilibrée et lucide des effets majeurs de la mondialisation sur les personnes, et tout particulièrement les plus démunis (pauvres, femmes, populations autochtones, ouvriers…). Cette perspective se distingue de celle qui est généralement retenue par les Organisations internationales de financement, en ce qu'elle se concentre sur les besoins des populations.
Quels sont les principaux avantages et contraintes de la mondialisation, sans oublier ses dimensions sociales?
Les avantages et les coûts du processus de mondialisation, tel qu'il se déroule de nos jours, se présentent sous plusieurs aspects mis en évidence par le rapport de la Commission Mondiale: l'existence d'une interaction accrue qui génère plus d'opportunités pour améliorer les moyens d'existence, la mise en oeuvre de développements technologiques importants ainsi qu'une croissance économique rapide dans certains pays, même dans le monde en développement.
Les défauts majeurs de ce processus sont une concentration accrue du pouvoir et des revenus chez un nombre réduit de personnes, d'entreprises et de pays et une instabilité économique mondiale croissante qui affecte durement les pays les moins développés et les pauvres. L'Afrique a ainsi dû payer cher ce processus de mondialisation, tout en en tirant très peu de bénéfices. L'accroissement des échanges, de la facilité des transports et de l'accès aux services de communication a eu pour conséquence une augmentation des déplacements et de la migration des populations pauvres. Il y a aussi eu une perte d'identité locale, surtout dans le domaine des expressions culturelles.
À la lumière des constatations et des recommandations de ce rapport, quelles sont les zones où la FAO et l'OIT pourraient collaborer?
La FAO et l'OIT ne doivent pas être les seules à rechercher des collaborations, tout le système des Nations Unies devrait continuer à construire des partenariats afin de réaliser les Objectifs de Développement pour le Millénaire. La FAO et l'OIT ont dans ce sens un mandat très clair, directement lié aux populations, particulièrement aux plus pauvres. L'OIT s'intéresse à la promotion de la justice sociale, à la reconnaissance internationale des droits de l'homme et du travail ainsi qu'à l'emploi et au développement de modèles économiques prenant en considération les besoins des populations plutôt que le PNB. C'est très important. La FAO d'autre part, considère les secteurs productifs et tente d'améliorer les moyens d'existence des plus pauvres. Nos deux organisations ont des objectifs communs.
Des terrains concrets d'action commune peuvent être la promotion de la sécurité alimentaire et l'élimination de la pauvreté par le biais de l'Alliance Internationale contre la Faim appuyée par la FAO qui tente de mobiliser la volonté politique pour éliminer la faim, le Programme de Lutte contre la Faim (Anti Hunger Programme), le Programme Spécial pour la Sécurité Alimentaire et l'ensemble des initiatives mises en oeuvre par la Division de la Nutrition de la FAO avec une forte participation des populations.
L'initiative pour une Agriculture et un Développement Rural Durables (ADRD), lancée lors du Sommet de Johannesburg en 2002 sur le Développement Durable et approuvée par les deux Directeurs généraux est également un domaine important de collaboration. Les effets commerciaux sur le développement agricole et rural durable, l'amélioration des politiques commerciales comme la promotion d'échanges commerciaux équitables, les structures de marchés, les filières et les produits de base ayant une incidence sur les moyens d'existence ruraux, sont autant de questions pouvant être prises en considération dans la cadre d'un partenariat solide visant à promouvoir des conditions de travail équitables. Un des aspects très importants de l'ADRD est l'accent placé sur l'amélioration des conditions de travail qui constitue la base de partenariats solides sur les droits et les standards de travail entre l'OIT, la FAO et d'autres organisations.
D'autrepart, comme le rapport de la FAO sur la Situation Mondiale de l'Alimentation et de l'Agriculture (SOFA) qui sortira en 2006 sera consacré à l'emploi et au travail agricole dans le secteur rural, l'OIT pourra offrir des contributions importantes à la rédaction de ce rapport. Si les pays développés n'ouvrent pas leurs marchés, les pays en développement seront dans l'impossibilité de réaliser les Objectifs de Développement pour le Millénaire. Le rapport met aussi l'accent sur les aspects liés aux migrations, résultat majeur des politiques protectionnistes appliquées par les pays développés.
Le Département Economique et Social ainsi que le Département du Développement Durable de la FAO, travaillent à l'analyse de la diversification des moyens d'existence. Cela pourrait être un autre domaine de collaboration entre les deux organisations. La création d'opportunités permettant la diversification des moyens d'existence comprend des éléments importants touchant à la participation et au renforcement des capacités permettant aux pauvres de créer leurs propres institutions. L'accès aux ressources naturelles exerce également une influence directe sur l'emploi et les moyens d'existence ruraux.
Comment le Réseau du Système des Nations Unies sur le Développement Rural et la Sécurité alimentaire peut-il renforcer cette collaboration par le biais de ses groupes Thématiques au niveau des pays?
Le Réseau du Système des Nations Unies sur le Développement Rural et la Sécurité Alimentaire ainsi que l'Alliance Internationale contre la Faim
sont des instruments très importants contribuant à l'efficacité du partenariat sur le terrain, encore plus efficaces qu'une action centrale. Au Brésil, un projet réalisé conjointement avec l'OIT est en train d'être mis en oeuvre sur le développement local et la planification territoriale participative dans les régions du nord-est et du sud du pays.
Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.