Interview de Mme. Eva Clayton, ex-sous-directrice générale, conseillère spéciale pour le suivi du Sommet mondial de l’alimentation et Secrétaire de l’Alliance internationale contre la faim

"Dans plusieurs pays, les Groupes Thématiques nationaux du Réseau du Système des Nations Unies ont œuvré au côté des Alliances nationales. S'agissant de plateformes regroupant des agences des Nations Unies et autres acteurs opérant dans des domaines spécifiques relatifs au développement rural et à la sécurité alimentaire, une forte synergie est nécessaire sur le terrain."


Avant de quitter la FAO, Mme Eva Clayton, ex-Sous-Directrice générale de la FAO ainsi que Conseillère spéciale sur le Suivi du Sommet mondial de l’alimentation et Secrétaire de l’Alliance internationale contre la faim nous a accordé une interview dans laquelle elle nous informe sur les résultats obtenus par l’Alliance internationale et sur ses liens avec le Réseau du Système des Nations Unies. En conclusion, elle donne de précieux conseils à son successeur.

Trois ans ont passé depuis le lancement de l’Alliance internationale contre la faim et beaucoup de progrès ont déjà été réalisés. Quelles en ont été les étapes les plus importantes ?

Conçue comme une association volontaire formée d'organisations internationales (agences des Nations Unies, organisations internationales non gouvernementales) et d'Alliances nationales contre la faim, l'Alliance internationale contre la faim est caractérisée par l'engagement commun de ses membres en vue d'éradiquer rapidement la faim dans le monde. Chaque partenaire est conscient que les actions sont plus efficaces si le travail se fait ensemble. Les principes et objectifs de l'Alliance internationale contre la faim s'articulent autour de quatre thèmes principaux : lobbying, transparence, mobilisation des ressources et coordination.

En ce qui concerne le travail de lobbying, un appel à l'action a été lancé pendant la Journée Mondiale de l'Alimentation 2003, dont le thème était « l'Alliance internationale contre la faim », pour encourager toutes les personnes concernées par le problème de la faim à joindre leurs forces en un effort commun. Depuis lors, au travers des Alliances nationales, l'Alliance internationale contre la faim a participé activement à chaque célébration de la Journée Mondiale de l'Alimentation, tant au siège de la FAO que sur le terrain dans plusieurs pays. En janvier 2005, à l'occasion de la présentation à Rome du rapport de la Task Force spéciale sur la faim du Projet du Millénaire de l'ONU, l'Alliance internationale contre la faim, a promu l'action de lobbying pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement, en diffusant un communiqué de presse reprenant les contributions de la société civile et des quatre organisations des Nations Unies basées à Rome qui s'occupent d'alimentation et d'agriculture.

La sensibilisation du public et les activités de lobbying ont également été possibles lors du Forum Social Mondial, auquel l'Alliance a été invitée en janvier 2005 par le Conseil national brésilien de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (CONSEA), l'alliance brésilienne de la société civile. L'Alliance internationale a également appuyé les efforts de ses alliés pendant le Forum Social 2006 au Mali et au Venezuela. En 2005, la présence en force de nos partenaires à la réunion du G8 en Ecosse s'est distinguée dans la campagne «Get on board» de l'ONG Action Aid International, et la campagne soutenue par les «Food Groups» britanniques «Faire en sorte que la pauvreté appartienne au passé».

En ce qui concerne la transparence, l'Alliance internationale contre la faim soumet à son groupe de travail des rapports trimestriels sur les activités et les progrès réalisés, ainsi que des rapports annuels au Comité sur la sécurité alimentaire mondiale. Par ailleurs, les moyens d'information et de communication de l'Alliance internationale contre la faim prévoient d'autres outils garantissant la transparence: le secrétariat tient à jour une base de données sur les Alliances nationales et publie un bulletin d'informations sur leurs différentes activités. Le site Internet de l'Alliance, lancé en mars 2005, informe sur les activités et événements organisés par les partenaires de l'Alliance internationale contre la faim et les Alliances nationales.

Et qu'en est-il de la mobilisation des ressources et de la coordination?

L'Alliance internationale contre la faim a facilité la mobilisation de ressources en faveur des programmes de réduction de la faim et de la pauvreté, pour augmenter et améliorer les ressources au profit de l'agriculture et du développement rural .L'Alliance internationale contre la faim n'est pas elle-même une source de financements, mais elle travaille avec ses partenaires pour l'identification de ces ressources. Des accords de jumelage intervenant entre des Alliances nationales déjà établies ou partenaires internationaux et des Alliances nationales en phase de constitution ont été mis sur pied pour faciliter l'échange d'expériences, d'expertise et de ressources. Deux de ces arrangements sont déjà établis : entre l'Alliance des Etats-Unis (Alliance to End Hunger) et l'alliance ghanéenne, et entre le CONSEA du gouvernement du Brésil et Haïti. Plusieurs autres alliances ont demandé à entamer un processus analogue.

La Coordination assurée par les organisations des Nations Unies basées à Rome a facilité le soutien technique pour la création d'Alliances nationales et leur mise en œuvre au sein de programmes déjà existants. L'Alliance internationale contre la faim a encouragé la coopération entre la FAO et le PAM dans le domaine des programmes d'alimentation scolaires et les initiatives de jardins scolaires dans le cadre du Programme Spécial pour la Sécurité Alimentaire (PSSA) en Haïti, Mozambique et Angola.

Le Secrétariat de l'Alliance internationale contre la faim est également à l'origine de déclarations communes signées par les dirigeants des organisations des Nations Unies basées à Rome. Une déclaration conjointe des agences Nations Unies travaillant sur les questions alimentaires a été préparée en 2004 dans le cadre du suivi de la Déclaration de Genève signée par le Secrétaire Général des Nations Unies, les Présidents Jacques Chirac de la République française, Luis Inácio Lula da Silva du Brésil et Ricardo Lagos du Chili et faisait appel à des ressources alternatives et une plus grande coordination et cohérence. Dans la même optique, une lettre conjointe a été envoyée en 2005 aux représentants dans les pays de la FAO, du FIDA, de l'IPGRI et du PAM afin de les encourager à soutenir et à collaborer avec les Alliances nationales et les Groupes Thématiques nationaux du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire.

Le travail réalisé par les Alliances nationales dans les pays constitue apparemment le cœur de l’Alliance internationale contre la faim. Combien y-a-t-il d’alliances nationales et quel type de travail effectuent-elles?

Entre 2003 et 2006, 94 pays ont manifesté leur intérêt pour créer une Alliance nationale contre la faim. Le Secrétariat de l'Alliance internationale contre la faim apporte son soutien aux membres afin de faciliter les contacts avec les agences des Nations Unies basées à Rome, tant au niveau du Siège que du terrain. Par ailleurs, l'Alliance internationale contre la faim a aidé les Alliances nationales contre la faim à croître en fournissant une assistance technique, en établissant des liens entre les Alliances nationales et les projets déjà existants ainsi qu'avec les initiatives développées par les agences des Nations Unies et les partenaires internationaux et en encourageant la participation des sections locales des partenaires internationaux au sein des Alliances nationales.

Parmi les 94 pays qui ont exprimé leur intérêt :

• 16 alliances sont maintenant bien établies et développent des activités visant à réduire la faim et la pauvreté. Leur composition, structure et activités varient en fonction de chaque pays selon les traditions et besoins locaux ;
• 8 alliances sont constituées et en train de discuter leurs plans communs d'activités pour l'année ; et
• 24 sont en phase d'organisation, les membres potentiels s'étant déjà rencontrés afin de confirmer leur intérêt et d'explorer des domaines de travail en commun ainsi que les possibilités d'activités et programmes futurs.

Quelle est la nature des travaux des membres des Alliances nationales?

Conçues comme des associations volontaires d'institutions nationales, les Alliances nationales sont invitées à prendre un «engagement à éradiquer la faim» et s'engagent avec leurs membres à identifier et à développer des activités concrètes. En acceptant de prendre un «engagement à éradiquer la faim», le membre d'une alliance doit indiquer dans quels délais il s'engage et de quelle manière il entend contribuer à l'éradication de la faim dans le monde. Les membres informent périodiquement leurs partenaires, à mesure qu'ils remplissent leurs engagements. Cela implique la définition d'un ou de plusieurs objectifs (dans la mesure du possible avec des objectifs quantifiés) à atteindre dans une période donnée. Chaque membre doit décider des délais les plus réalistes pour chaque objectif. En effet, certaines actions, pour avoir un impact, ont parfois besoin de délais plus longs. Il est toutefois conseillé de ne pas dépasser trois ans, l'action immédiate étant préférable. Une date annuelle doit être fixée pour les rapports d'activités.

Quels sont les événements majeurs prévus cette année?

En plus des manifestations habituelles soutenues par l'Alliance internationale, telle que la Journée Mondiale de l'Alimentation, nous encourageons nos Alliances nationales à participer activement à la campagne d'un de nos partenaires en faveur de la lutte contre la faim des enfants. Le Programme alimentaire mondial appelle à participer à la marche mondiale contre la faim mieux connue sous le nom de Walk the World , qui se déroulera le 21 mai prochain sur toute la planète. En 2005, plusieurs Alliances nationales ont participé avec succès à cette initiative afin d'attirer l'attention sur la lutte contre la faim.

Un autre événement d'importance se tiendra du 18 au 22 septembre 2006 avec le Forum spécial organisé pendant le Comité sur la sécurité alimentaire mondiale (CFS) à Rome. Le Forum spécial a été approuvé lors de la dernière session du comité dans l'esprit du plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation qui doit procéder à un examen à mi-parcours afin d'examiner les progrès réalisés à ce jour pour atteindre les objectifs fixés par le Sommet mondial de l'alimentation et ceux de la Déclaration du Millénaire. Le Forum spécial permettra un dialogue multipartenaires dans lequel tous les acteurs pourront, sur un pied d'égalité, présenter les résultats et les progrès réalisés dans la lutte pour réduire la faim et la pauvreté dans le monde.

Il est primordial que tous les partenaires participent à cet événement important afin de construire une base solide au mouvement mondial engagé dans l'éradication de la faim. C'est aussi une occasion d'échanger avec d'autres partenaires nationaux et régionaux afin de préparer une contribution commune pour le Forum Spécial.


Quel type de relations existe-t-il entre l'Alliance internationale et le Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire?

Dans plusieurs pays, les Groupes Thématiques nationaux du Réseau du Système des Nations Unies ont œuvré au côté des Alliances nationales. S'agissant de plateformes regroupant des agences des Nations Unies et autres acteurs opérant dans des domaines spécifiques relatifs au développement rural et à la sécurité alimentaire, une forte synergie est nécessaire sur le terrain. Au Guatemala, par exemple, le Groupe Thématique fait partie de l'Alliance nationale alors qu'en République dominicaine, ce dernier est un promoteur actif de l'Alliance nationale. Les sujets traités par ces groupes sont vastes et viennent compléter ceux abordés par les Alliances nationales telles que la formulation de politiques de développement rural et de lois, la coordination dans des domaines spécifiques liés au développement rural et l'aide fournie à des projets ou programmes précis. Beaucoup de Groupes Thématiques ont également créé des liens très étroits entre les programmes sectoriels et les initiatives multisectorielles des Nations Unies telles que l'Evaluation conjointe de pays et le Plan cadre des Nations Unies pour l'aide au développement. D'autres groupes soutiennent les gouvernements dans la préparation des Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté. Les Alliances nationales pourraient bénéficier pleinement de ces expériences.

Après avoir vu les résultats florissants de l’Alliance internationale, vous vous apprêtez à quitter vos fonctions de Secrétaire de cette initiative. Comment envisagez-vous l’évolution de l’Alliance internationale et quelles recommandations pourriez- vous faire à votre successeur ?

Nous pouvons nous estimer satisfaits des résultats obtenus au cours de ces dernières années. Voir l'Alliance internationale faire l'objet tout d'abord de simples expressions d'intérêt, puis susciter ensuite des engagements concrets a été pour moi une expérience merveilleuse. Je pars, mais je continuerai à participer au combat contre la faim en tant que membre de la société civile. Quant aux Alliances nationales, j'espère sincèrement que l'aide fournie par le Groupe de travail de l'Alliance internationale contre la faim fera de ces dernières une force mondiale active pour éradiquer la faim et la pauvreté.

Je recommanderais à mon successeur d'engager activement le personnel, les collègues et les partenaires extérieurs aux efforts pour réduire la faim et la pauvreté. Autre aspect essentiel: «apprendre à connaître la FAO». Mais surtout je lui dirais d'être enthousiaste, d'aimer ce qu'il fait et d'avoir le goût du travail accompli.


Pour plus d'informations sur les activités des Alliances nationales, veuillez visitez le site Internet à l'adresse http://www.iaahp.net.


Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.