"Il est de la plus grande importance que chacun des participants au groupe thématique se sente, d'une certaine manière, «propriétaire» de ce dernier"
Norman Bellino, représentant actuel de la FAO au Pérou, a dans son précédent poste au Venezuela encouragé fortement les groupes thématiques concernant le développement rural et la sécurité alimentaire du réseau, et de même maintenant dans le pays andin. Dans cette entrevue, il nous a expliqué quels sont les éléments clés et les possibilités pour que ces groupes fonctionnent et se transforment en importants acteurs de développement.
Si vous deviez résumer en quelques mots le rôle que le groupe thématique joue actuellement dans le domaine du développement rural au Pérou, que diriez-vous ?
Comme vous le savez sûrement, le nouveau Gouvernement, qui a pris le pouvoir fin juillet 2001, a pour haute priorité de lutter contre la pauvreté et de créer des emplois. Ceci se reflète dans le document
Programme d'urgence sociale productive «Au travail», qui représente un cadre stratégique pour le développement de quelques-unes unes des zones les plus pauvres du Pérou pour les prochains 36 mois. Nous avons invité un haut fonctionnaire du Gouvernement à la dernière session du groupe thématique, ce qui a permis de sensibiliser les représentants de la coopération technique internationale, les organisations non gouvernementales, etc. sur la problématique, en particulier du milieu rural, et d'échanger des idées pour arriver à un consensus de développement rural dans les zones sélectionnées. Comme forum, le groupe thématique a manifesté son intérêt à traiter les sujets de développement rural de ce programme, et ainsi il a été envisagé d'organiser plus fréquemment des réunions pour les soutenir pendant l'exécution dudit programme.
Etant donné que certaines agences de coopération internationale et ONG espèrent travailler dans certains couloirs économiques ruraux identifiés par la
FAO, le groupe thématique aura aussi un rôle complémentaire important dans l'identification et la formulation du
Programme spécial pour la sécurité alimentaire (PSSA), prévues pour les mois de janvier et de février 2002.
Quelle stratégie avez-vous suivie dans la coordination des groupes thématiques, d'abord au Venezuela et maintenant au Pérou, pour les faire fonctionner de manière efficace ?
Tout d'abord, il est très important que le développement rural et la sécurité alimentaire constituent des domaines hautement prioritaires pour le gouvernement en question et que ceci se reflète à travers des institutions agraires et rurales efficaces et, dans le cas de pays à faibles revenus, par la présence de la coopération bilatérale et multilatérale, des ONG et de la société civile dans son ensemble. Dans le cas du Venezuela, au moment où le groupe thématique a été établi, la sécurité alimentaire ne représentait pas une priorité absolue pour le gouvernement, et de ce fait les institutions financières internationales comme la
Banque mondiale et la
Banque interaméricaine de développement (BID) avaient un portefeuille limité de projets dans le secteur agro-forestier. Par ailleurs, étant un pays producteur et exportateur de pétrole, la présence d'ONG et de donateurs était très réduite. Cependant, particulièrement à travers des relations personnelles et professionnelles, nous avons réussi à établir un petit groupe dynamique et par moments, nous avons pu compter sur un appui financier pour des missions spécifiques de la part de la Banque mondiale qui intégrait ce groupe. Lors de mon arrivée au Pérou, au début de 1999, j'ai demandé au cours de la première réunion que soient invitées d'autres entités de l'administration publique qui ne participaient pas au groupe comme le ministère de la Pêche, le Secrétariat exécutif de la coopération technique internationale - Présidence du conseil des ministres, etc. ainsi que quelques ONG sélectionnées en fonction d'un critère très strict de professionnalisme et d'expérience dans le monde rural. Au fond, la diversité des participants qui couvre un éventail depuis l'administration publique aux ONG et à la société civile, en passant par la coopération internationale, a donné des résultats très positifs au niveau de l'échange de l'information, de la formulation d'activités jointes, etc.
De quoi dépend l'efficacité du groupe ?
Le fonctionnement efficace du groupe dépend, dans le cas qui nous intéresse, en premier lieu, du niveau de relation personnelle que l'on maintient avec chaque participant, au-delà du propre groupe thématique. Par ailleurs, il est extrêmement important de compter sur des intervenants de haut niveau impliqués dans des thèmes prioritaires pour le pays, de diffuser à l'avance n'importe quel type de documentation et d'essayer d'envoyer les invitations en moyenne deux semaines à l'avance, afin de vérifier les engagements de chacun pour assister à la réunion et, dans le pire des cas, annuler ou remettre à plus tard la réunion, à la dernière minute, si le nombre des participants était trop réduit (situation qui jusqu'à présent ne s'est encore jamais produite).
Il est également très important que chacun des participants se considère en partie «propriétaire» du groupe thématique (le fameux sens de l''ownership'), et de cette façon assurer un appui permanent aux institutions qui intègrent le groupe.
Il est aussi important, au moins deux fois par an, de conduire une auto-évaluation ouverte en consultation avec les membres pour s'assurer que nous sommes tous d'accord avec la voie que nous avons choisie.
Quels sont, selon vous, les premiers pas qu'il faut suivre dans la mise en place de ce type d'initiatives dans les pays qui ne les ont pas encore entreprises ?
Je crois que l'idéal pour mettre en place et lancer un groupe serait de faire coïncider cet événement avec un autre événement de très grand intérêt pour l'Organisation et le pays, comme la
Journée mondiale de l'alimentation, le lancement de la campagne
Telefood, la signature d'un projet important de développement rural et/ou de sécurité alimentaire, de préférence du PSSA, les présentations de fonctionnaires régionaux et du Siège, la présentation du
Centre mondial d'information agricole (WAICENT), La
situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture (SOFA), etc. Dans notre cas, les fonctionnaires de l'agro-industrie et ceux de la commercialisation et du crédit ont fait coïncider leur visite avec une réunion du groupe
Dès le début, il est important de compter sur un groupe qui se sente très proche de la FAO et des activités que celle-ci mène dans le pays (contrepartie des projets, membres traditionnels comme certaines agences des Nations Unies et de la Coopération technique internationale, coordonnateur national de la Journée mondiale de l'alimentation, délégués du Gouvernement ayant participé à des événements importants de notre Organisation, dernières conférences régionales, séminaires et ateliers comme le TCP/RLA/8933 «Atelier national des stratégies pour le développement de l'agriculture nationale jusqu'en 2010»).
De plus, au fur et à mesure, on peut intégrer d'autres institutions locales de haut niveau, en incluant les agences des Nations Unies, les ONG, les institutions académiques et des donateurs de la coopération internationale, qui se sentiront attirées par l'esprit de groupe initial des «fondateurs». Il est bien sûr important, selon le sujet, de compter à l'occasion sur la présence du ministre ou du vice-ministre du secteur concerné et d'autres autorités de haut niveau, en fonction de la fréquence des réunions.
Quelles sont les limitations majeures auxquelles se heurte le réseau sur le développement rural et la sécurité alimentaire et comment croyez-vous qu'elles pourraient être résolues ?
Etant donné la croissance des activités que cette représention assure au cours de ces dernières années, il ne nous a pas été possible de consacrer davantage de temps à la programmation du groupe thématique comme nous l'aurions souhaité. Par conséquent, la limitation majeure consiste dans le manque de ressources financières pour compter sur un consultant, avec la fonction de secrétaire permanent et expert en la matière, pour s'assurer qu'au cours de ces réunions soient présentés des sujets actualisés de très grande importance et qu'ils soient présentés par des invités spéciaux de haut niveau. Ainsi, il faudrait des fonds réguliers qui nous permettraient de programmer les sessions plus fréquemment et de façon plus dynamique, du point de vue de la participation des intégrants. Ces fonds pourraient également être utiles pour inviter des exposants qui vivent et travaillent en dehors de la capitale. Un suivi plus important de la part de notre bureau avec les intégrants du groupe thématique nous permettrait de compter sur une plus grande participation et collaboration de ses intégrants. Il convient également de signaler, qu'à l'heure actuelle, dix réseaux sont opérationnels (au sein du système des Nations Unies, autres réseaux et forums inter-agences et comités de coopérants) et que souvent ils sont représentés par une même personne, ce qui entraîne parfois une impression excessive d'événements et de réunions.
A votre avis, que peut tirer la FAO de la rencontre avec la société civile ?
Si l'on considère qu'au Pérou un grand nombre d'ONG possède, dans certains cas, plus de 30 ans d'expérience dans le domaine du développement rural et de la sécurité alimentaire, il existe une source très riche d'expériences, surtout avec les secteurs marginaux de la société qui peuvent être d'une grande utilité dans le travail du groupe thématique. Ces organisations nous appuient également très fructueusement dans la réalisation d'autres activités comme la Journée mondiale de l'alimentation, la campagne Telefood, etc.
Quelles possibilités du groupe thématique aimeriez-vous explorer dans un futur proche ?
Si l'on considère que, comme dans beaucoup d'autres pays d'Amérique latine, les décisions sur les politiques agro-forestières sont prises au niveau du ministère de l'Economie et des Finances, j'ai l'intention d'incorporer un fonctionnaire de ce ministère pour compter sur la présence extrêmement importante d'un décideur, étant donné que le groupe est composé de personnes qui sont d'accord, sans exception, sur la priorité absolue de la sécurité alimentaire et du développement rural, sans prendre en considération nécessairement d'autres facteurs de la politique nationale. Dans un deuxième temps, j'aimerais former des sous-groupes
ad hoc avec des délais préétablis et dans des domaines spécifiques, comme par exemple, le développement de l'élevage pour accompagner de manière plus pointue le Programme d'urgence sociale productive «Au travail».