Monterrey met en évidence la nécessité d'une voix consensuelle de la part des gouvernements des pays riches et pauvres, de la société civile et des donateurs pour donner un coup de fouet au développement
Les représentants de 170 pays et 64 chefs d'état se sont réunis du 18 au 22 mars à Monterrey (Mexique) pour assister à la
Conférence de l'ONU sur le Financement du développement. Cette rencontre avait comme mandat de promouvoir la coopération internationale pour la mobilisation de ressources nationales, d'augmenter l'investissement privé et international et d'accroître l'aide officielle au développement. Il s'agissait d'un rendez-vous difficile, précédé d'un long prélude à l'issue duquel ne sont clairement ressorties que les oppositions entre pays riches et pays pauvres, les USA et l'Europe, le secteur privé et les ONG dans leurs visions respectives des priorités que doit affronter le développement.
Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, à été tranchant à plusieurs reprises en affirmant ses attentes pour le sommet : " afin d'affronter les défis du
Sommet du Millénaire, il est nécessaire de doubler l'Aide publique au Développement et la porter des actuels 50 milliards de dollars annuels à 100 milliards annuels ". Chiffre qui continue d'être très éloigné du volume de l'aide actuelle et des 0.7 % du Produit Intérieur Brut que les pays développés se sont engagés à consacrer à la coopération il y a quelques dizaines d'années. Seuls cinq pays (Norvège, Pays-bas, Danemark, Suède et Luxembourg) ont atteint ce seuil. L'Union européenne promit au cours du dernier sommet de mars à Barcelone de destiner 0.39 % du PIB à l'aide officielle au développement. Les Etats-Unis, dont le gouvernement a promis à Monterrey une augmentation de 10 milliards de dollars sur trois ans de son aide officielle, consacrent à l'heure actuelle 0,11 % du PIB à la coopération.
Mais au-delà du ballet des chiffres, la conférence de Monterrey dut faire face à un délicat agenda dont les rendez-vous se comprenaient très différemment en fonction des perspectives respectives de la société civile, des gouvernements des pays riches, ceux du
G77, ou bien des agences des Nations Unies. Il s'agissait de déterminer le rôle, ainsi que la manière de le jouer, pour chacun des participants au financement du développement : les recours internes, les investissements étrangers, le commerce international, la dette extérieure et l'aide publique.
Cette disparité d'opinions se reflète, dans un certain sens, dans le document final de la Conférence : le consensus de Monterrey, négocié pendant des mois et approuvé avant le début de l'événement, est un texte que la presse internationale n'a pas hésité à définir comme "plus enclin à la formulation de déclarations qu'à l'adoption de compromis". La déclaration illustre la nouvelle orientation de la coopération, sans s'arrêter aux vieux problèmes des barrières protectionnistes, de la volatilité des mouvements du capital ou de la dette extérieure. Le consensus insiste pour que les chefs d'Etat et de Gouvernement des pays en développement s'impliquent dans la lutte contre la corruption, la bonne gestion des affaires publiques, la promotion de l'initiative privée, la recherche de l'équilibre fiscal et l'investissement en infrastructures ; et pour que les pays développés adoptent des mesures concrètes pour consacrer 0.7 % de leur PIB à l'aide officielle au développement.
Réunies parallèlement dans la même ville, 2000 ONG manifestèrent leur opposition au texte du consensus, en déclarant qu'[il] : "a éludé tout compromis et échoué à affronter les problèmes structurels qu'impliquent une mondialisation durable, sensible aux différences culturelles et équitable". Les ONG lancèrent un appel pour un développement centré sur les personnes et non sur le marché.
Au même moment, le secteur privé célébrait son propre Forum international du secteur privé pour la Conférence pour étudier ses implications dans le
Consensus de Monterrey et le rôle que les entreprises doivent jouer dans cette nouvelle vision du développement. Dans ce sens, une série de propositions pratiques furent présentées.
Au cours d'une des tables rondes interministérielles de la Conférence officielle, divers représentants prononcèrent un appel en faveur d'une meilleure cohérence entre les institutions de développement et les gouvernements des pays développés. "Les pays pauvres ont d'ores et déjà accompli leurs tâches en ce qui concerne leurs propres politiques - a signalé la ministre de la Coopération et du Développement des Pays-Bas, Eveline Herfkens - Maintenant, les donateurs doivent les appuyer et financer ces politiques et programmes. Ils ne peuvent continuer à leur donner d'une main alors qu'ils reprennent encore plus de l'autre".
Cohérence, en définitive, qui encourage le consensus entre les différents pays et acteurs au moment de donner le premier coup de manivelle au moteur du développement. Un but qui, généralement accepté, n'est envisageable qu'à travers le dialogue participatif. Des structures comme le Réseau du système des Nations Unies pour la Sécurité Alimentaire et le Développement Rural peuvent offrir toutes les potentialités pour servir de forum à ce débat.